Lettre 36: Le vétérinaire, le marchand de poisson, et le chauffeur



Il y avait une fois, il n’y avait pas une fois, il y avait[*] un chauffeur aux cheveux blancs qui avait un jeune garçon de deux ans quand je l’ai rencontré. Il attendait au bas de la montagne, sur la route qui mène à Erevan avec 3 passagers. J’allais prendre le minibus (marshroutka) pour 1 200 drams, un des passagers m’ayant reconnu, me proposa d’être le 4e passager de la Lada de Gagik pour 2 000 drams et d’arriver à Erevan plus vite.





Depuis je l’ai vu plusieurs fois non loin de l’arrêt des minibus, et, voyant qu’il voulait du travail rémunérant, j’ai commencé à lui proposer de petits travaux et de longs trajets. Nous l’avons aussi recommandé à ceux qui nous visitaient en Arménie et ils ont aussi apprécié sa gentillesse, son sérieux et son exactitude. Un jour il me demanda un emprunt de $ 500 pour pouvoir installer lui aussi une salle de bain avec toilette aux normes occidentales dans sa maison, ce qui lui permettrait de recevoir des visiteurs et supplémenter son maigre revenu.

C’est ainsi qu’il a fait la rencontre de Dominique, le vétérinaire et de son fils, Paul, marchand de poisson. Ces français (de France) se sont tellement bien senti à l’aise dans la famille de Gagik, qu’ils y sont restés quelques jours.  Ils ont pu communiquer avec le fils ainé de Gagik, Armen (12 ans), qui les guida à travers notre région. Ils ont même essayé ensemble d’attraper des poissons dans nos ruisseaux.







Shoushane, l’épouse de Gagik, se sentait mal et Gagik m’avait dit qu’elle avait une enflure à l’abdomen. Comme je savais que Dominique est vétérinaire, je lui ai demandé s’il voudrait bien examiner cette dame en détresse pour m’expliquer la gravité de la situation. Il le fit volontiers et confirma ce que les médecins arméniens avait recommandé : Une intervention chirurgicale le plus vite possible.

Avant de retourner en France, Dominique m’avait appelé pour se rassurer sur l’état de santé de notre dame. C’est là que je lui ai expliqué que, malgré les services publics de santé, Gagik devrait payer une somme considérable (pour lui) pour pouvoir faire opérer sa femme. Notre vétérinaire et son fils me demandèrent de me renseigner sur les montants nécessaires en me suggérant qu’ils étaient prêts à contribuer.

Une fois rendus en France nous avons correspondu par courrier électronique et ils m’ont transféré la totalité de la somme, que je viens de remettre à Gagik en présence de sa famille. 

Shoushane se porte beaucoup mieux.

Tout est bien qui finit bien.


[*] Et non pas ‘il était une fois’ car c’est ainsi (mot-à-mot) que commencent les contes en arménien.

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